Chigot à Conques : Conclusion générale de l’étude

Nous avons tenté tout au long de cette étude de répondre aux questions qui nous semblaient fondamentales. A savoir, quels programmes vitrés ont successivement ornés l’abbatiale de Conques ? Qui a été à l’origine des vitraux précédant ceux de Pierre Soulages ? Qui a travaillé sur ce projet et dans quelle mesure ? Quels ont été ces vitraux ? Qu’est-ce qui, et qui a décidé de leur remplacement à l’aube des années 1990 ? Nous ne prétendrons pas ne pas avoir débuté cette étude avec certains a priori. Il nous est apparu au fil de la recherche que les projets de Francis Chigot et de Pierre Soulages possèdent des qualités tant esthétiques que sémantiques. Nous avons également tenté d’être le plus objectif dans nos remarques, laissant le soin au lecteur d’interpréter nos conclusions. Nos questionnements procédaient plus d’une volonté de comprendre et d’établir un premier témoignage que de pointer chaque faux pas.

En 1952, l’abbatiale de Conques est probablement l’une des églises aveyronnaises les mieux vitrées. L’édifice se voit paré d’un ensemble homogène dans son esthétique et dans son programme iconographique. Si l’art de Pierre Parot n’égale pas celui loué par les esprits de l’époque, force est de constater qu’il a su créer de superbes morceaux de bravoures dont la franchise et l’audace du geste n’ont rien à envier à certaines créations moins heureuses. De même Francis Chigot nous apparaît comme un maître verrier soucieux d’honorer les gestes sacrés du métier, au détriment parfois d’une réflexion libérée.  Son art s’épanouit cependant dans ces limites dessinées par un plomb cerclant une forme. Les couleurs vibrent, la grisaille est appliquée en parfaite connaissance des effets. La main est sûre. Les vitraux sont montés dans les règles de l’art. Francis Chigot nous apparaît comme un artiste, dans son acceptation la plus absolue, dont l’inspiration puise parfois à une source en vase clôt. Il est en revanche un maître verrier des plus brillants.

Une étude approfondie des nombreux fonds permettrait d’appréhender avec plus de sûreté et d’appui les récurrences et les évolutions de son œuvre. Nous sommes convaincus qu’une comparaison des structures des ateliers de Francis Chigot et des frères Mauméjean serait des plus intéressantes. Ces deux ateliers partagent bien des caractéristiques tant par l’esthétique de leur création que par l’iconographie.

Les baies de Sainte-Foy portent en elles l’esthétique marquée d’une époque charnière où l’abstraction envahit le vitrail. Cependant, ce qui apparaît « comme un fait unique dans la commande publique » [619], procède également du jugement arbitraire d’une esthétique en pleine disgrâce. Le témoignage d’un art marqué par son époque a été supprimé de l’abbatiale, faisant fi des considérations théoriques élémentaires de la conservation préventive. Les contraintes de la technique et leur graphisme ont également été un frein sérieux à leur exposition muséale. Les propositions de monstration réduisent comme peau de chagrin ou sont irréalistes. Aujourd’hui, seuls les vitraux confiés aux frères Prémontrés ont conservé leur disposition. La municipalité a récemment fait déplacer les baies de la vie de sainte Foy initialement exposées au Centre européen d’Etude de la Civilisation Médiévale vers les locaux de la mairie [620]. C’est l’évêque de Rodez, Monseigneur Ghirard, qui cristallise la gêne qui sourd de ce projet. Il avoue « nourrir des regrets » quant à une « malencontreuse affaire qui, quelle qu’en soit l’issue, aura suscité un profond malaise » [621].

Notes

  • [619] Blanchet-Vaque (Christine), De l’Eglise à l’Etat : la commande des vitraux religieux en France de 1945 à 2000, p. 295.
  • [620] Centre européen d’Etude de la Civilisation Médiévale, communication orale, 18 août 2009.
  • [621] Ghirard (Bellino), Courrier du 24 mars 1994 à Jean Felini. Médiathèque du Patrimoine, 0081/012/0006.

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