Chigot à Conques : les vitraux du Chœur (partie 2)

Pour l’historique de la campagne du choeur et la description des absidioles orientées, c’est par ici.

Description

Chapelles orientées et rayonnantes : les verrières historiées.

Baies 13, 14, 15.

La chapelle de la Vierge est la chapelle orientée du côté nord de l’abbatiale. Elle est percée de trois baies. Les latérales sont segmentées en quatre panneaux, la centrale en cinq panneaux. Chaque vitrail narre en deux registres, deux épisodes de la vie de la Vierge. La lecture se fait de haut en bas.

Baie 13 : la Présentation de la Vierge au temple et l’Education de la Vierge par sa mère

Dans la baie 13 [364], le maître verrier a représenté la Présentation de la Vierge au temple et l’Education de la Vierge par sa mère. Sous une triple arcature, trois personnages dominent la Vierge, enfant, agenouillée sur la troisième marche de l’autel. Elle est entourée de sainte Anne, de saint Joachim et du prêtre. Le second registre figure la Vierge assise sur un banc, un livre sur les genoux,  levant le visage vers sainte Anne. Cette dernière est debout, aux côtés de la Vierge, l’index gauche tendu vers le ciel, l’index droit sur le livre que tient sa fille. Saint Joachim émerge de l’ombre à l’arrière de Marie.

Annexe 56 Parot (Pierre), Chigot (Francis). Abbatiale de Conques, choeur. Baie 13. Photographie du vitrail. Archives privées, Atelier du Vitrail (Limoges).

Des poutres esquissent au-dessus des personnages, un intérieur. Une jardinière de tournesols clôt l’angle inférieur gauche de la composition. Chaque registre est souligné par un phylactère nommant l’épisode représenté. La bordure est claire, animée d’un triple filet irrégulier.

Baie 14 : la Visitation et le Mariage mystique de la Vierge

Dans la baie 14 [365], Francis Chigot représente la Visitation et le Mariage mystique de la Vierge. Sous l’esquisse d’un intérieur ouvert, l’ange Gabriel apparaît sur une nuée à la Vierge. Debout, il se penche vers Marie, et tend son index vers la colombe dont émanent les rayons de l’esprit saint. Ceux-ci frappe l’auréole de la Vierge assise qui vient d’interrompre sa pourpre. Elle incline le buste, à la fois en une attitude d’acceptation et en un écho visuel à la position de l’ange. La scène est enrichie des chardons – préfigures du martyre christique – figurés dans un chapiteau à gauche de l’ange. Un vase garni de lys – symbole de la Vierge –, une quenouille, une pourpre et une boîte contenant les pelotes de fil structurent les angles inférieurs. Sur le phylactère séparant les deux registres on peut lire « Je vous salue Marie pleine de grâce ». Le second registre figure « Le mariage mystique de la très sainte Vierge ». Sous les chapiteaux à feuilles plates d’un temple, scandés par le fût des colonnes et les cierges, trois personnages occupent la scène. La Vierge, à gauche, drapée et voilée de blanc, tend la main droite au prêtre. Ce dernier prend la main de Joseph, vêtu d’une capeline, les cheveux noués. Le groupe se tient au sommet d’une volée de marches. Le motif losangé du sol apparaît sous les pieds de la Vierge. Un bouquet de roses sans épines [366] anime le phylactère qui clôt le registre inférieur. La gamme colorée joue avec le brun, le vert, le beige et le rouge. Nuancées, les couleurs procèdent à la fois d’une vraisemblance associée à une imagerie. On suppose, compte tenu de l’unité stylistique des trois baies, que les couleurs sont identiques dans les deux baies latérales. La bordure est claire, animée d’un triple filet irrégulier.

Baie 15 : l’Adoration des bergers et la Sainte Famille

Dans la baie 15 [367], l’Adoration des bergers – « Gloire à Dieu et paix sur la terre » – et « La Sainte Famille » sont représentés. Sous un ciel nocturne parcouru de nuages, l’étoile du berger émerge d’un mont. Un troupeau de mouton y paît. Joseph, appuyé sur le rebord de l’étable, tient son bâton. A ses côtés, trois bergers portant des agneaux, contourne le bord de l’étable pour offrir à la Vierge et à l’enfant Jésus leurs présents. Assurant une transition dans la composition entre l’ouverture du ciel et l’espace confiné de l’étable, le berger en pied, baisse son regard vers le couple auréolé. La Vierge agenouillée dépose l’enfant à la nimbe crucifère dans sa crèche de foin et de tissu. Le vache apparaît au-dessus de Jésus et l’agneau aux pieds de la Vierge. Le second registre figure la sainte famille en une scène aux accents bucoliques. Marie réajuste un vase garni de fleurs – écho de celui qui préfigurait le calice dans la verrière du mariage mystique – sur une étagère. Joseph et Jésus, debout de part et d’autre d’un établi, travaillent à un meuble. Jésus tient un compas dans ses mains, et Joseph, les manches relevées, mesure son ouvrage. Les évocations d’une table, d’un tabouret et d’un pot de vernis complètent la composition. La bordure est toujours claire, animée d’un triple filet irrégulier.

Baie 17, 18, 19.

La chapelle Saint-Benoît est la première chapelle rayonnante du côté nord. Elle est percée de trois baies. Les verrières segmentées en deux registres narrent chacune, deux épisodes de la vie de saint Benoît.

Baie 17 : le miracle du crible brisé et saint Benoît quitte l’école pour la science de Dieu

Le maître verrier a représenté dans la baie 17 [368], en quatre panneaux, les épisodes suivant : « le miracle du crible brisé » et « saint Benoît quitte l’école pour la science de Dieu ». Dans un intérieur domestique structuré par des poutres et deus ouvertures en plein cintre, saint Benoît se tient près d’une table. Entre ses mains, le crible que vient de briser sa nourrice, se répare. Cette dernière lui fait face et s’incline vers l’objet du miracle. Deux hommes émergent de l’ouverture en plein cintre de droite, alertés par les cris de surprise de la nourrice. Ils partagent son étonnement : leurs bras s’agitent, leurs traits accusent une profonde stupéfaction. Aux pieds de saint Benoît, auréolé et calme, un tabouret et un sac de grain complètent la composition rectangulaire. Le phylactère complète le registre inférieur.

Annexe 61 Parot (Pierre), Chigot (Francis). Abbatiale de Conques, choeur. Baie 17. Photographie du vitrail. Archives privées, Atelier du Vitrail (Limoges).

Dans la seconde scène, au devant d’un paysage de village – maisons, arches, sentier bordé d’arbres et pré – le jeune saint Benoît s’apprête à quitter son environnement familial. Il se dirige vers la droite, son visage tourné vers ses compagnons. Il porte un bâton chargé d’un simple baluchon sur son épaule gauche. A sa gauche, le moine Romain chargé d’un sac lui pose la main gauche sur l’épaule droite en un geste protecteur. Une femme voilée tenant un enfant par la main, un prêtre agenouillé et un homme âgé appuyé sur un bâton et flanqué de buissons, constituent la base de la composition. Lorsque saint Benoît a une vingtaine d’années, il choisit de se retirer du monde et vit en ermite dans une grotte isolée, Sacro Specto. Le moine Romain le nourrit en lui faisant descendre du pain dans un panier suspendu. Ce dernier est vraisemblablement l’homme encapuchonné tenant saint Benoît par l’épaule. Notons que le phylactère du registre supérieur empiète sur le registre inférieur, et trouve place entre deux volées de poutres. L’ensemble du chœur partage une unité colorée affirmée. Les bruns, les verts sourds, quelques pointes de rouge et d’orangé rythment la composition. Relevons que chaque baie se voit attacher un aplat gris – ici, la femme agenouillée du registre supérieur. La bordure est claire, animée d’un triple filet irrégulier. La lecture de cette baie se fait de bas en haut, contrairement aux verrières de la chapelle précédente. Il nous est délicat de déterminer si cela constitue une volonté du maître verrier ou une erreur de sa part. Relevons simplement que les autres baies de la chapelle reprennent la lecture communément usitée dans l’abbatiale : de haut en bas.

Baie 18 : « saint Benoît est ravitaillé par le moine Romain » et « le pain empoisonné emporté par un corbeau »

Les deux registres de la baie 18 [369] narrent successivement « saint Benoît est ravitaillé par le moine Romain » et « le pain empoisonné emporté par un corbeau ». Le registre supérieur propose une composition originale. En arrière-plan, une maison et quelques arbres font contrepoint au moine Romain. Ce dernier se penche par dessus un escarpement rocheux et tient dans ses mains, un panier attaché à une corde. Au pied du monticule, saint Benoît est agenouillé. Il ouvre les bras d’un geste large d’accueil. Il porte une robe de bure sombre et la tonsure. Le piton rocheux est contourné par la gauche d’un sentier arboré proche, et par la droite d’un sentier lointain, serpentant jusque sous les pieds du saint. L’épisode précède le début des tentations de saint Benoît, lorsque nourrit par le moine Romain par l’intermédiaire du panier, il est un jour affamé par le Diable. Le phylactère épouse la forme du registre inférieur qui empiète sur le supérieur dans l’angle inférieur gauche. La seconde scène figure la tentative d’empoisonnement dont est victime saint Benoît. Élu abbé du monastère de Vicovaro, le saint s’attire la haine des moines par sa rigueur. Sous une double arcature, un moine vêtu de gris – le même que celui utilisé pour le visage du saint Benoît expirant – regarde par dessus l’épaule d’un autre moine debout, vêtu de brun. Deux moines sont assis à une table, leur visage s’incline, une main auprès de leur assiette. Un dernier moine apparaît entre leurs épaules. La longue table recouverte d’une nappe clair, assure la transition entre l’arrière-plan et la figure de saint Benoît. Le saint tend son buste vers l’arrière, comme surpris, et tend ses paumes vers le corbeau qui agrippe le pain et prépare son envol. Notons l’absence de verre brisé tel que le rapporte la légende [370]. La bordure est claire, animée d’un triple filet irrégulier.

Baie 19 : la dernière rencontre de saint Benoît et sa sœur sainte Scholastique et, la mort de saint Benoît

Le léger déséquilibre de la composition de la baie 18 est compensé par l’organisation de la baie 19. [371] Contant les épisodes de la dernière rencontre de saint Benoît et sa sœur sainte Scholastique, et la mort de saint Benoît en 543, la baie s’articule autour d’une diagonale ascendante. Sous un ciel d’orage parcouru de nuages et zébré d’éclair, les deux saints sont abrités sous un toit en appentis. Saint Benoît, à gauche, écarte les bras, les paumes tournées vers sa sœur. Cette dernière est alitée, le buste penché en arrière. Les yeux mi-clos, sa main gauche se lève en un salut alors que deux rayons frappent son lit. La légende rapporte que la sainte, à l’article de la mort et voyant son frère la quitter, déclenche un orage et une pluie torrentielle. Saint Benoît restant aux côtés de sa sœur, voit alors son âme s’envoler sous la forme d’une colombe. Le registre inférieur dépeint la mort du fondateur de l’ordre bénédictin. Sous une arcature ouvrant sur l’extérieur, une dizaine de moines occupe l’espace gauche du registre. Deux prient près de la dépouille de saint Benoît. Ce dernier est représenté en une diagonale identique à celle qui sépare les deux scènes. Allongé, les mains jointes sur le ventre, le saint repose sur une couche dont les tranches sont décorées de losanges. Un rayon émane de son front, le liant à une colombe censée figurer son âme. Relevons le syncrétisme entre les deux scènes : originalement, c’est l’âme de sainte Scholastique qui est représentée sous la forme d’une colombe. Un crucifix posé sur un livre figurant sa règle, constitue la base inférieure droite de la composition. La coloration est animée de larges aplats rouges et orange, qui renforcent le caractère dramatique des scènes. Les teintes des vêtements alternent entre le brun, le vert sourd. Notons l’audacieuse teinte gris vert que le peintre a projetée pour le visage du saint mort. Le phylactère anime la base de la scène par son mouvement. La bordure est claire, animée d’un triple filet irrégulier.

Baies 21, 22, 23.

La chapelle du Sacré-Cœur occupe une position privilégiée pour deux raisons principales. Chapelle axiale, elle constitue la charnière du programme iconographique de l’abbatiale : les martyres et miracles de sainte Foy s’y répondent, deux saints tutélaires de l’église – saint Norbert et saint Benoît – la flanquent. En outre, rappelons que l’ancien vocable de l’édifice se rapportait jusqu’en 883 au Saint-Sauveur [372]. La chapelle est également percée de trois baies. La baie latérale gauche narre la rencontre de Melchisédech et d’Abraham, et l’épisode de la manne. La baie latérale droite dépeint la multiplication des pains et la pêche miraculeuse. La baie centrale est animée d’une monumentale Crucifixion. Cette dernière fait écho au rôle de la chapelle axiale, car elle est le centre d’une modeste composition typologique. Les épisodes vétérotestamentaires d’Abraham et Moïse préfigurent les miracles du Christ, sur les thèmes du don et de sa multiplication qui trament la symbolique de l’Eucharistie. Le pain et le vin de Melchisédech préfigurent eux-mêmes le corps et le sang du Christ.

Baie 21 : la rencontre de Melchisédech et d’Abraham

Le maître verrier a dépeint un épisode bref de l’histoire d’Abraham [373]. Au-devant de vignes stylisées et de gerbes de blé, quatre hommes vêtus de tuniques assistent à la rencontre de Melchisédech et d’Abraham. Le premier porte une longue tunique, est couronné et tend du pain et une coupe de vin. Le second est appuyé sur son bâton et esquisse de la main gauche un geste d’acceptation. Les deux figures occupent les deux tiers de l’espace pictural. Dans le phylactère on peut lire « Béni soit Abram  de Dieu le très haut ». Le  livre de la Genèse rapporte qu’Abraham rentrant de sa campagne militaire contre Kedorlaomer, rencontre Melchisédech qui le consacre dans son rôle prophétique : « Béni soit Abraham par le Dieu très haut qui créa ciel et terre, et béni soit le Dieu Très Haut qui a livré tes ennemis entre tes mains » [374]. Le registre inférieur représente les Israélites recueillant la manne : « Moïse leur dit : c’est le pain que le Seigneur vous donne à manger ». Dans l’angle supérieur gauche, un homme lève les bras et le visage au ciel, liant cette scène à l’autre. Deux hommes tiennent dans leur bras des corbeilles. A gauche de tentes, un troisième tend les mains vers les concrétions qui tombent des cieux. Moïse est agenouillé sur un sol rude, les bras tendus de part et d’autre de la scène, le visage tourné vers le ciel, les rayons émanant de son front. Ses longs cheveux bouclés et sa barbe encadrent son visage dont sourd la gratitude. Les deux pans de sa cape structurent la composition et renforcent l’impression de mouvement vertical. A ses pieds, deux Israélites collectent dans une toile carrée ces grains. Le phylactère clôt la scène. La couleur ne nous est pas connue. Nous ne conservons que les cartons et les photographies noir et blanc de cette baie. La bordure est claire, animée d’un triple filet irrégulier.

Baie 22 : la Crucifixion

La composition de la Crucifixion [375] est indépendante du modèle que partage les baies du chœur, et se caractérise par une densité de personnages et un sens du tragique exacerbé. Sous la représentation symbolique du soleil et de la lune, Jésus, vêtu de sa couronne d’épines et de son périzonium, est étiré sur toute la largeur de la baie. Sa croix se confond avec les aspérités rocheuses du mont Golgotha. Quatre clous le maintiennent. Sa tête repose sur sa poitrine, ses yeux sont clos, ses traits éprouvés. Encadrés par les bras de la croix, les larrons subissent aussi le martyre. Leurs bras sont bloqués à l’arrière de la croix, tordant leur corps. A l’arrière du mauvais larron, le chemin qui mène au Calvaire serpente vers la vallée. Un soldat assoupi sur sa lance en garde symboliquement l’accès. Trois personnages complètent le registre supérieur. Au centre de la scène, Longinus plonge sa lance dans le flanc du Christ tandis qu’à sa droite, Stephanon retire l’éponge imbibée de vinaigre. Ces deux tiges lient le haut de la scène à la foule massée aux pieds du Christ. Trois femmes voilées pleurent, les mains jointes, leur visage déformé par le chagrin. Marie est agenouillée, le visage levé vers Jésus. Jean se tient derrière elle, une main près de son épaule, l’autre formant conque comme pour masquer la vue de son fils supplicié. Trois soldats romains complètent la composition. L’un se teint debout appuyé sur sa lance et regarde ses deux compagnons agenouillés jouant aux dés les effets du Christ.

Annexe 66 Parot (Pierre), Chigot (Francis). Abbatiale de Conques, choeur. Baie 22. Photographie du vitrail. Archives privées, Atelier du Vitrail (Limoges).

L’instant choisi semble celui du dernier souffle de Jésus, lorsque la terre se met à trembler, comme l’évoquent les rochers fragmentés, et les éclairs qui s’abattent du ciel. Les teintes sont fortement contrastées. Les vêtements des soldats romains se partagent entre le vert, le rouge et l’orangé. La croix du Christ est rouge. Le corps de Jésus tranche par sa teinte verdâtre. Marie est vêtue de violet clair et foncé. Jean est drapé d’orange rompu. Toutefois la mauvaise qualité de la documentation masque la subtilité des nuances que le maître verrier aura apportée à sa création. La densité du réseau de plomb est à souligner car elle participe de l’intensité de la scène. L’ensemble est bordé d’un triple filet clair alternant, bande épaisse et bande mince.

Baie 23 : « Jésus prit les pains, les bénit et les distribua au peuple » et « N’aie pas peur dorénavant, tu seras pécheur d’hommes »

La dernière baie [376] relate les épisodes suivants : « Jésus prit les pains, les bénit et les distribua au peuple » et « N’aie pas peur dorénavant, tu seras pécheur d’hommes ». Dans le registre supérieur une assemblée entoure Jésus. Derrière lui, les hommes s’interrogent du regard, debout, au-devant de rochers. Trois hommes passent sous ses bras écartés, les mains jointes dans une attitude de supplication. Aux pieds du Christ, deux hommes portent deux larges paniers d’osier chargés de pains. Un troisième panier est posé à même le sol. Le Christ est auréolé et étend ses bras en une attitude accueillante, un pain dans sa main gauche. Le second registre est structuré par une voile tendue à un mât. Jésus, sur la gauche, tend le bras gauche et approche sa main droite du contenu du filet. Deux marins tendant la voile, à l’arrière plan, font contrepoint. Dans l’angle inférieur droit, Simon tire son filet chargé de poissons, aidé par un homme sans barbe. Les manches de Simon sont retroussées et son visage est levé vers Jésus. Le phylactère est dessiné sur le motif des vagues qui frappent la coque de l’embarcation. La gamme colorée est identique aux deux autres baies, sans qu’il nous soit permis de détailler chaque élément. Le réseau de plomb est dense, compte tenu des nombreux personnages qui animent la composition. La bordure est  constituée d’un triple filet clair alternant, bande épaisse et bande mince.

Baies 25, 26, 27.

La chapelle Saint-Norbert est la première chapelle rayonnante du côté sud. Elle est percée de trois baies. Les verrières segmentées en deux registres narrent chacune, deux épisodes de la vie de saint Norbert de Magdebourg. Plus qu’un programme relatant les miracles du saint, c’est son implication dans la création de l’ordre des Prémontrés – communauté affectée à l’abbaye depuis 1873 [377] – qui est mis en valeur.

Baie 25 : la conversion de saint Norbert

Dans la baie 25 [378], le maître verrier relate, en quatre panneaux et deux registres, les épisodes de la conversion de saint Norbert, « Quitte le mal et fais le bien », et ses premiers actes chrétiens, « saint Norbert prêche la pénitence ». La composition du registre supérieur est agitée : diagonales contrariées, éclairs, mouvements amples… Sous un ciel chargé de nuages sombres, deux éclairs zigzaguent jusqu’à la cape du saint. Sa posture est sinueuse : le bras droit replié protégeant son visage, le buste penché vers l’arrière, les jambes pliées, le pied semble chercher un appui. Le vent soulève sa cape, exagérant l’effet tragique. A ses pieds, un buisson le lie à un personnage simplement vêtu s’enfuyant dans la direction opposée au saint, un bâton à la main. Rappelons que Norbert de Magdebourg naît vers 1080 à Xanten, sur le Rhin, et mène une vie mondaine. Désarçonné lors d’un violent orage, une croix lui apparaît et lui conjure de s’amender. Notons dès alors, l’absence de cheval et de croix. Le peintre semble avoir préféré une composition avec peu de personnages mais, plus tragiques. Deux arbres stylisés marquent les côtés de la scène. Leur feuillage tient autant du végétal que de la flamme. Un chien s’enfuie vers la droite et enjambe le phylactère.

Annexe 69 Parot (Pierre), Chigot (Francis). Abbatiale de Conques, choeur. Baie 25. Photographie du vitrail. Archives privées, Atelier du Vitrail (Limoges).

Le registre inférieur est plus paisible. Saint Norbert est à présent tonsuré et auréolé, et prêche la pénitence. La scène se déroule à l’extérieur. On relève des arbres pour structurés les angles supérieurs, et des pierres à la base de la composition. Saint Norbert pose sa main gauche sur la tête d’un enfant, et lève la droite au ciel. Simplement vêtu, son expression est paisible. Il est entouré d’un moine, peut-être girovague, et de trois hommes intrigués par la scène. L’enfant lève le visage vers saint Norbert, tandis que sa mère qui le tient par l’épaule, regarde vers le ciel. Le phylactère clôt la composition. Le brun, le vert sombre et le jaune or dominent dans cette verrière. Cependant de larges aplats rouge et carmin confèrent à la scène une atmosphère tragique. Le réseau de plomb participe à l’impression contrastée d’agitation dans la partie supérieure et de calme dans la partie inférieure. Sa densité et ses recoupes s’atténuent en conséquence. L’ensemble est bordé d’un triple filet : gris large à l’intérieur, verdâtre fin au centre et gris perle large à l’extérieur.

Baie 26 : « saint Norbert institue l’ordre de Prémontré » et « saint Norbert archevêque de Magdebourg est acclamé par les fidèles »

La baie centrale [379] s’organise comme la précédente : quatre panneaux et deux registres. Sont successivement représentés les épisodes suivant : « saint Norbert institue l’ordre de Prémontré » et « saint Norbert archevêque de Magdebourg est acclamé par les fidèles ». Le registre supérieur multiplie les effets d’échelle et les libertés plastiques au profit d’une richesse iconographique. Le sommet de la scène est boisé. De part et d’autre de la composition, se tiennent deux groupes figurés sur des escarpements rocheux encadrant une vallée. Sur le monticule de gauche, un évêque la crosse à main est suivi de trois moines. Il tend la main à travers combe vers saint Norbert. Ce dernier tient un bâton à la main et est accompagné sur son monticule, d’un moine. Tout deux inclinent la tête en signe d’acceptation et le saint tourne la paume de sa main droite vers l’évêque. Entre ces deux groupes, trois moines s’entretenant sont figurés à une échelle réduite, mettant en exergue la profondeur de la vallée. A l’orée d’une forêt, une abbaye est coiffée au faîtage d’une croix monumentale. La Vierge émerge de l’arrière de l’édifice en une apparition miraculeuse et, les mains jointes, bénit l’église. Les références à la légende de saint Norbert sont multiples. L’évêque nous évoque celui de Laon qui fit appel au saint pour réformer le couvent Saint-Martin. Suite à cet échec, saint Norbert se retire dans une vallée solitaire près de Laon, vallée que Dieu lui montre dans une vision. Il y fonde son abbaye et l’ordre des Prémontrés. La figure de la Vierge renvoie à deux épisodes de sa légende : elle lui aurait dicté la règle de l’ordre et lui aurait remis un scapulaire. Le phylactère complète le registre.

Annexe 71 Parot (Pierre), Chigot (Francis). Abbatiale de Conques, choeur. Baie 26. Photographie du vitrail. Archives privées, Atelier du Vitrail (Limoges).

La partie inférieure de la baie dépeint les acclamations des fidèles après la nomination de Norbert au titre d’archevêque en 1126. Cet épisode intervient peu de temps après ses prêches contre l’hérésie manichéenne de Tauchelin. Au devant d’une arche, saint Norbert debout dans le second tiers droit de la composition, fait face à un homme ouvrant ses bras en un geste d’accueil. Le saint sourit, les deux paumes tournées vers le sol. Derrière lui, deux hommes agitent des palmes. Un troisième homme s’est agenouillé à ses pieds et écarte largement les bras. Dans cette baie comme dans la précédente, le contraste entre la complexité plastique et sémantique déployée dans les deux registres est prégnant. La gamme colorée est identique à celle de la baie 25. La Vierge est dépeinte dans de douces nuances de gris perle. La bordure est constituée d’un triple filet alternant pièces larges et rognées par la représentation centrale, filet brun fin et filet clair large à l’extérieur.

Baie 27 : « le roi Lothaire est couronné Empereur par le pape Innocent et saint Norbert est fait primat de Germanie » et «  la mort de saint Norbert en 1134 »

La baie 27 [380] s’articule en quatre panneaux et deux registres. Les épisodes représentés sont « le roi Lothaire est couronné Empereur par le pape Innocent et saint Norbert est fait primat de Germanie » et «  la mort de saint Norbert en 1134 » [381]. Sous une triple arcature en plein cintre se tient une assemblée composée d’Innocent II coiffé de la mitre papale, du roi Lothaire II, de saint Norbert et de quatre personnages. Trois ecclésiastiques s’entretiennent au devant des arches. Un quatrième tend un linge au pape Innocent II. Ce dernier est assis sur un trône dont les volumes sont simplifiés à l’extrême, et tient un rouleau de parchemin sur ses genoux. Lui fait face, Lothaire II, couronné qui tient contre son buste un sceptre fleurdelisé. Saint Norbert est agenouillé aux pieds des deux hommes, les paumes et le visage tournés vers le ciel. Il est placé un degré plus bas que les autres personnages. L’on retrouve le motif losangé décorant la contremarche. Le phylactère s’inscrit dans un large espace sombre qui masque les espaces ménagés par le scapulaire de saint Norbert. En outre relevons la hiérarchisation de l’information contenue dans le phylactère : l’accent est mis sur la primauté de Norbert.

Annexe 73 Parot (Pierre), Chigot (Francis). Abbatiale de Conques, choeur. Baie 27. Photographie du vitrail. Archives privées, Atelier du Vitrail (Limoges).

Le registre inférieur dépeint la mort du fondateur de l’ordre des Prémontrés. Dans un décor de cellule, deux anges aux cheveux clairs, tiennent une même tige fleurie. A leur gauche, un moine baisse un visage fermé vers ses compagnons pleurant au chevet du saint. Le moine de gauche est debout et constitue le départ d’une diagonale conduisant à saint Norbert. Son visage affligé est plongé dans ses mains. A sa droite, un moine prie, les mains jointes, le visage incliné, les traits neutres. Enfin, le dernier moine est agenouillé et prie les mains jointes, son visage est calme et recueilli. Près de son épaule, une croix surplombe les pieds du gisant. Saint Norbert est allongé sur une couche des plus simples, les mains jointes sur son buste, les yeux clos. Sa couche ferme la composition en une longue horizontale, renforcée par le phylactère. La gamme colorée est identique à celle de la baie 25. Le Pape est vêtu de jaune légèrement rompu.

Annexe 95 Chigot (Francis) Abbatiale Sainte-Foy de Conques. Baie 27. Crédit photographique: Véronique David.

Le visage du saint mort est en revanche traité en viride [382], accentuant le tragique de la représentation. La teinte n’est pas sans rappeler la teinte du Christ dans la scène de la Crucifixion. La bordure est constituée d’un triple filet alternant pièces larges et rognées par la représentation centrale, filet brun fin et filet clair large à l’extérieur.

Baies 29, 30, 31.

La chapelle Sainte-Foy est la chapelle orientée du côté sud de l’abbatiale. Elle est percée de trois baies. Les latérales sont segmentées en quatre panneaux, la centrale en huit panneaux. La disposition des registres est quelque peu bousculée. La baie 29 développe en deux scènes, la baie 30 en dépeint trois. Enfin la baie 31 est animée d’un seul épisode. L’ensemble présente une synthèse de la vie des reliques de sainte Foy : recueil des restes de la sainte martyrisée, construction d’un lieu de culte, le transfert des reliques d’Agen à Conques, les premiers miracles attribués aux reliques, la procession.

Baie 29 : « après le martyre de sainte Foy les chrétiens recueillent les restes de la sainte » et « saint Dulcide fait bâtir une église à l’emplacement du martyre de saint Foy »

Le registre supérieur de la baie 29 [383] relate le premier acte de vénération porté à la sainte : « après le martyre de sainte Foy les chrétiens recueillent les restes de la sainte ». A l’arrière-plan sont figurés un monument percé de deux arches, et un autel de marbre placé en haut d’une volée de degrés. Une femme émerge de l’arrière de l’autel. Un homme tient une croix à bout de bras. Un second est assis sur un tabouret et tient dans sa main droite une boîte, vraisemblablement destinée à contenir les restes de la sainte. Un homme debout referme un sac de toile tandis qu’une femme agenouillée plie les vêtements de la sainte. Dacien ordonne au terme du martyre que la dépouille de la sainte soit privée de sépulture. La légende rapporte alors que la sainte ne souffre pas de la décrépitude post mortem. La composition repose sur le phylactère et l’angle occupant le tiers supérieur droit est dégagé.

On retrouve partiellement cette solution formelle dans le registre inférieur : « saint Dulcide fait bâtir une église à l’emplacement du martyre de saint Foy ». La scène relate la construction du premier tombeau de la sainte menée par saint Dulcide. Dans l’angle supérieur gauche, deux maçons façonnent le faîtage d’un fronton évidé en son centre et reposant sur cinq colonnes. Un troisième homme guide la levée d’une pierre du sol à son échafaudage. Une main sur la poulie, l’autre tenant la corde, il surveille, le visage incliné, deux tailleurs de pierre. L’un d’eux tire sur la corde, en une posture serpentine, le second travaille à une pierre concave. Seuls leurs bustes émergent du phylactère. Saint Dulcide regarde l’avancé de l’ouvrage et étend les mains d’un geste protecteur. Il est vêtu d’un pallium décoré. A sa droite, un moine lance un ordre d’un geste de la main. Le groupe composé de l’évêque, du moine et des deux tailleurs de pierre fait pendant au groupe de chrétiens du registre supérieur. La composition nous paraît sensiblement déséquilibrée, une large bande à gauche, n’est meublée que par les évocations de l’échafaudage.

Essentiellement teintée de verts et de bruns sourds, la baie est cependant animée de tâches colorées et de tâches claires [384]. Les vêtements orangés du chrétien tenant le sac répondent aux teintes rouge et orangée du tombeau de la sainte. La figure de saint Dulcide tranche par la clarté de son traitement.  La bordure est animée d’un large filet aux gris soutenus, d’un filet fin dans les teintes carmin et cramoisi, et un large filet clair à l’extérieur.

Baie 30 : la translation des reliques de sainte Foy d’Agen à Conques

La baie 30 [385] rend compte de la translation des reliques d’Agen à Conques. Rappelons que la communauté dépêche le moine Aronisde, accompagné d’un autre moine, à Agen. Ceux-ci se font admettre dans la communauté Sainte-Foy d’Agen et leur est confiée la garde des reliques de la sainte. Le jour de l’Epiphanie, ils volent les reliques et les rapportent à Conques le 14 janvier 866. Cependant, un possible transfert pour les protéger des invasions barbares n’est pas à exclure [386]. Sous l’intrados du plein cintre, l’abbatiale Saint-Sauveur est surmontée d’une croix et de la colombe du Saint-Esprit [387]. Trois religieux regardent s’éloigner Aronisde et son compagnon. Le premier porte de la main droite, un tige à laquelle est suspendu un baluchon, et de la main gauche, un bâton de pèlerin. Encapuchonné, il se dirige paisiblement vers la naissance d’un chemin dessiné à ses pieds. Le second personnage est vêtu d’une simple tunique et porte un sac pesant sur son épaule droite. Sur le phylactère on peut lire : « les moines de Conques envoient Aronside à Agen pour en rapporter les reliques de sainte Foy ».

Le second registre dépeint un intérieur sombre animé par une triple arcature, et un imposant coffre ouvragé en bois, à gauche de la composition. Tandis que de deux moines agenais s’entretiennent à l’arrière-plan, sous une arcade, Aronisde retire du coffre un reliquaire. Son buste est penché vers l’avant, ses jambes pliées pour soutenir le poids des reliques. Dans son dos, son compagnon, lui aussi encapuchonné, maintient la gueule d’un sac de toile grande ouverte. Sur le phylactère on peut lire : « Aronside prend possession du coffret contenant les reliques de sainte Foy ». L’inscription serpente en une diagonale ascendante de l’angle inférieur gauche. Le troisième registre associe deux épisodes anachroniques dans une composition en bandeau sensiblement incliné. Dans l’angle supérieur gauche, le peintre a figuré la chevauché d’Aronisde et son compagnon pour ramener les reliques à l’abbatiale de Conques. Sous eux s’accomplit le premier miracle des reliques : « les reliques de sainte Foy commencent à opérer un miracle en guérissant un aveugle ». Un moine agenouillé, porte le reliquaire dans ses bras. L’aveugle Guibert est à genoux, les yeux mi-clos, et touche de sa main droite le coffret. Un moine lui fait face, debout, et lui appose un linge sur le visage. Un arbre ferme la composition sur la droite. Le contraste lumineux est frappant entre le premier registre et les deux scènes inférieures, opposant scène en plein air et scène d’intérieure ou nocturne. La tonalité verte domine cette verrière, habits, végétation et architecture. L’obscurité est renforcée par les teintes rouge, carmin et rose sombre qui émaillent les scènes. On retrouve cependant quelques points orange dans l’architecture de l’abbatiale, le décor du coffre, et la chevauché des deux moines. La bordure est animée d’un large filet aux gris soutenus, d’un filet fin dans les teintes brune et verdâtre, et un large filet clair à l’extérieur.

Baie 31 : le retour des reliques de sainte Foy à Conques au IXème siècle

La baie 31 [388] narre l’épisode du « retour des reliques de sainte Foy à Conques au IXème siècle ». La procession, appelant la représentation d’un grand nombre de personnages, se déploie sur l’ensemble de la baie. A la base de la composition, quatre moines portent la châsse contenant les reliques de sainte Foy. Vêtus de sombre, ils soutiennent le reliquaire ouvragé qui est coiffé d’une croix. Devant eux, deux moines portent des étendards. Celui de droite est marqué d’une croix latine. Trois moines bruns complètent ce groupe qui occupe la moitié inférieure de la verrière. Venant à leur rencontre, deux moines vêtus de clair accueillent les arrivants. Le premier porte un étendard semblablement frappé de la croix christique. Le second ouvre les bras en un geste de bienvenue. Derrière eux, est massée la foule des moines conquois. En arrière-plan, l’abbatiale émerge d’un bois. Le regard serpente sur toute la hauteur de la baie : les corps des moines, la chasse, les porte-étendards qui rabattent la vision sur la droite, le chemin sinueux esquissé à leurs pieds, la foule des moines conquois pour se poser sur la croix acrotère de l’église. L’épisode comporte quelques délicatesses car au IXème siècle, les reliques ne reviennent pas à Conques comme le suggère le phylactère, elles y entrent pour la première fois. En outre, la légende rapporte que c’est le moine Aronisde qui porte les reliques au sein de l’église, une légende figurée dans la baie précédente. Plusieurs réponses peuvent être esquissées.

Annexe 78 Parot (Pierre), Chigot (Francis). Abbatiale de Conques, choeur. Baie 31. Photographie du vitrail. Archives privées, Atelier du Vitrail (Limoges).

Premièrement, Maurice Berry et Francis Chigot ont décidé de ménager un anachronisme dans leur programme. Secondement on peut concevoir un amalgame entre l’entrée des reliques à Conques et la ferveur processionnelle qui anime la vie des reliques de la sainte. Bernard d’Angers rapporte que lors d’une procession, les miracles se succédèrent tant et si bien que les moines ne purent prendre quelque repos de toute la journée [389]. Il est cependant probable que Pierre Parot et Francis Chigot aient décidé de donner à la scène du retour des reliques une verrière entière, malgré la redondance sémantique. La gamme colorée est identique aux deux baies précédentes. Une grande variété de brun et de vert domine le vitrail. Quelques taches de couleurs vives ça et là animent la composition. On retrouve une tâche claire associée à un homme d’église qui rappelle la vêture de saint Dulcide, dans la baie latérale en regard. La bordure est animée d’un large filet aux gris soutenus, d’un filet fin dans les teintes brune et rougeâtre, et un large filet clair à l’extérieur.

Baies : 16, 20, 24, 28 [390].

Annexe 59 Parot (Pierre), Chigot (Francis). Abbatiale de Conques, choeur. Baies 16, 20, 24, 28. Photographie du vitrail. Médiathèque du Patrimoine, 0081/012/0006

Les baies intermédiaires sont situées entre chaque chapelle. Elles assurent l’éclairage du déambulatoire. Ces verrières sont fermées par des « entrelacs colorés » [391] et l’on ne conserve qu’une simple photographie de la baie 20. Toutefois il nous semble vraisemblable que les quatre verrières partagent une même esthétique. En effet, la préparation des baies occupe Maurice Dufour et Francis Chigot jusqu’au second semestre 1951. Maurice Dufour ne souhaite pas voir les verrières comportées des éléments superposés comme les baies du transept. Disposées entre les chapelles « à scènes superposées », il préfère y sentir un « certain repos ». Un élément décoratif faisant toute la hauteur du vitrail et allier à un fond de verres aux tracés géométriques lui paraît plus approprié. De plus, il serait alors possible en jouant sur la largeur de la bordure de conserver le même motif. La polychromie doit respecter la gamme colorée des chapelles du chœur [392].

La baie 20 est un subtil compromis entre les desideratas du maître verrier et les attentes de l’architecte. Un ruban central est composé de trois cercles alternativement remplis par un carré et un losange, de deux cercles bruns animés d’une croix latine superposée à un carré. Une large bordure ceinte de deux filets clairs est liée au bandeau par des demi médaillons. Plutôt qu’un seul élément décoratif, c’est un ruban géométrique qui rappelle les compositions du transept. Cependant, on note une grande économie de moyen qui offre une pose au regard. Les bruns et orangés dominent, mais il nous est délicat de juger des contrastes exacts compte tenu de la documentation. Pierre Parot et Francis Chigot jugent que ces baies auraient eu besoin d’une patine cuite pour atténuer leur luminosité [393].

Les baies 57, 58, 59.

Placées au dessus du chœur, ces baies sont conçues, réalisées et posées selon le même calendrier que les baies du déambulatoire. Ainsi quand au 9 novembre 1949, Maurice Dufour est attendu à l’atelier, Francis Chigot annonce que Pierre Parot a terminé les maquettes de l’abside et qu’il propose en plus de la série symbolique demandée, une série de personnage [394]. Le 7 novembre 1951, Francis Chigot presse Maurice Dufour d’arrêter son choix entre les différentes maquettes [395]. La pose débute finalement le 6 juin 1952 [396].

Ainsi deux projets subsistent jusqu’à un état avancé des travaux. Francis Chigot qualifie Pierre Parot de « hanter par l’idée des personnages » [397]. Nous retrouvons même une série complète de maquettes et de cartons élaborés qui ne seront finalement pas retenus.

Concentrons-nous sur le projet final tel qu’il est décrit par Louis Causse : un « décor symbolique fortement coloré » [398]. Toutes les baies sont segmentées en trois panneaux.

La baie 57 [399] s’articule en un bandeau central animé de deux motifs de petite taille – un coq et un navire dont la voile est frappée d’une croix. Ils sont encadrés d’une mosaïque composée de pièces géométriques alternant le gris, le brun soutenu, le caput mortis, l’orange vif.  L’ensemble est coiffé d’une tiare papale d’argent et de gueules sur deux clés d’or croisées. Le tout surmonte un livre ouvert et s’inscrit dans un cercle coloré. Ces trois motifs sont ceints d’une large bordure à double filet. Le filet intérieur est large et dans les teintes brunes et vertes. L’extérieur est fin, de couleur gris pâle.

Annexe 80 Parot (Pierre), Chigot (Francis). Abbatiale de Conques, Abside. Baie 57. Maquette (gouache sur papier Canson). Archives privées, Atelier du Vitrail (Limoges).

La baie 58 [400] est structurée de façon identique à la baie 57. Les deux motifs de petite taille sont un cep de vigne et une gerbe de blé. Ils répondent ainsi à la tête de l’agneau nimbée de lumière et surmontant les sept épées, associées au symbolisme de l’Apocalypse. La composition complétant les motifs est exactement identique à la précédente. Seule la couleur du filet rythmant le ruban central est différente : un vert tendre à la place du rose.

Annexe 80 Parot (Pierre), Chigot (Francis). Abbatiale de Conques, Abside. Baie 58. Maquette (gouache sur papier Canson). Archives privées, Atelier du Vitrail (Limoges).

La baie 59 [401] est animée par un livre, dans le premier registre, et d’une longue croix autour de laquelle s’enroule un phylactère. Cette dernière naît dans le second registre et se termine dans le registre supérieur. La composition est identique. La teinte du filet est à présent jaune or.

Annexe 82 Parot (Pierre), Chigot (Francis). Abbatiale de Conques, Abside. Baies 57, 58, 59. Photographie. Archives privées, Atelier du Vitrail (Limoges).

Notes

  • [364] Cf. Annexes 55 et 56.
  • [365] Cf. Annexe 57.
  • [366] Faisant référence à la rosa mystica dont font mentions les Litanies de la Vierge.
  • [367] Cf. Annexe 58.
  • [368] Cf. Annexes 60 et 61.
  • [369] Cf. Annexe 62.
  • [370] Saint Benoit fait un signe de croix sur son verre qui se brise, car son contenu est empoisonné.
  • [371] Cf. Annexe 63.
  • [372] Aubert (Marcel), op. cit., p. 8-9.
  • [373] Cf. Annexe 64.
  • [374] Genèse, chapitre 14, versets 17-20
  • [375] Cf. Annexes 65 et 66.
  • [376] Cf. Annexe 67.
  • [377] Cf. Infra. : « Les restaurations de l’abbatiale », 1.1.1.3.
  • [378] Cf. Annexes 68 et 69.
  • [379] Cf. Annexes 70 et 71.
  • [380] Cf. Annexes 72 et 73.
  • [381] Cf. Supra. : « Chœur, style », 2.5.4.2.
  • [382] Cf. Annexe 95.
  • [383] Cf. Annexes 74 et 75.
  • [384] Cf. Annexe 74.
  • [385] Cf. Annexe 76.
  • [386] Jeannin (Emmanuel), op. cit., pp. 3-4.
  • [387] Le vocable ne changera qu’en 883.
  • [388] Cf. Annexes 77 et 78.
  • [389] Sainte-Foy de Conques : passion et miracles de sainte Foy, traduction par E. de Solms, p. 96
  • [390] Cf. Annexe 59.
  • [391] Causse (Louis), Médiathèque du Patrimoine, 1995/005/0022.
  • [392] Dufour (Maurice), Courrier du 13 juin 1951. Archives privées, Atelier du Vitrail.
  • [393] Chigot (Francis), Courrier du 5 juillet 1951. Archives privées, Atelier du Vitrail.
  • [394] Chigot (Francis), Courrier du 13 octobre 1949 à Maurice Dufour. Archives privées, Atelier du Vitrail.
  • [395] Chigot (Francis), Courrier du 7 novembre 1951 à Maurice Dufour. Archives privées, Atelier du Vitrail.
  • [396] Chigot Francis, Courrier du 20 mai 1952. Archives privées, Atelier du Vitrail.
  • [397] Chigot (Francis), Courrier du 13 octobre 1949 à Maurice Dufour. Archives privées, Atelier du Vitrail.
  • [398] Causse (Louis), Médiathèque du Patrimoine, 1995/005/0022
  • [399] Cf. Annexes 80 et 82.
  • [400] Cf. Annexes 80 et 82.
  • [401] Cf. Annexes 81 et 82.

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