Chigot à Conques : les vitraux du tambour et du front occidental

  • Nombre de baies :
  • Tambour : 8 baies.
  • Façade occidentale : 7 baies.
  • Numérotation d’après Maurice Berry :
  • Tambour : A, B, C, D, E, F, G, H.
  • Façade occidentale : 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81.

Historique.

Le programme attribué aux huit baies de la coupole n’est pas certain. Berry et Chigot hésitent entre des symboles – sans plus de précisions – et le thème des litanies de la Vierge, toujours des vitraux très colorés. Le père Védel, dans sa lettre du 22 juillet 1941 [419], précise que la Vierge a peu sa place dans l’ancienne abbatiale, au profit du Saint-Sauveur. Il estime que les sujets eucharistiques seraient plus appropriés. Les baies ornementales de la façade ouest et leur oculus seront traités en tonalités chaudes et foncées, afin d’atténuer la forte lumière qui les traverse [420].

Les maquettes sont communiquées à l’architecte le 24 juillet 1951. Ces esquisses sur calque nous montrent l’évolution qu’a suivi la réflexion de l’architecte et du maître verrier [421]. L’ordre d’exécution est donné au maître verrier quelques jours plus tard [422]. La pose des vitraux de la lanterne se termine quant à elle le 18 octobre 1951 [423]. Celle des vitraux de la façade ouest s’achève le 14 juin [424]

La dépose des vitraux a été menée avant la proposition de Bertrand Rossi. On peut alors estimer la mise en dépôt au premier trimestre 1993 [425]. Les verrières sont stockées en caisses dans le local communal placé dans le parking souterrain du Centre européen [426].

Description.

Tambour.

Les esquisses présentées témoignent de l’évolution de la pensée du maître verrier. Le programme lié aux litanies de la Vierge a été abandonné. Les verrières aux sujets eucharistiques ont également été écartées, cette symbolique émaillant les vitraux du transept et du déambulatoire.

Annexe 83 Parot (Pierre), Chigot (Francis). Abbatiale de Conques, Tambour. Baies A, B, C, D, E, F, G, H. Gouache sur calque. Archives privées, Atelier du Vitrail (Limoges).

Le projet final transpose l’impression de mosaïque de verres que l’on ressentait face aux baies symboliques du transept [427]. De tailles variées, les baies s’articulent en plusieurs cercles colorés, chacun orné d’un motif géométrique spécifique. Le fond est tapissé de pièces géométriques. Très denses, ces compositions possèdent une grande liberté de touche que seule l’esquisse peut exprimée. Les couleurs sont appliquées rapidement, en goutte dense, l’une se mêlant à la lisière de la suivante, donnant à l’ensemble une grande douceur alliée à une franchise. Les teintes dominantes sont le brun et le vert sourd. Le jaune ceint les médaillons. Le bronze anime en quelques points le motif central et la mosaïque du fond. Francis Chigot et Pierre Parot évoquent même des « noirs puissants, pour éviter un trop grand rayonnement des tons » [428]. Ainsi, si chaque baie est unique, l’homogénéité de l’impression produite est préservée.

Façade occidentale.

On ne conserve trace que des deux baies centrales et l’oculus les surmontant. Les baies 78, 79, 80 et 81 étaient vraisemblablement closes par des vitreries losangées en tons clairs [429]. Les baies 76, 77 et 78 sont réalisées en un ensemble figurant saint Paul, saint Pierre et Jésus Christ.

Baie 76 : saint Pierre

Annexe 84 Parot (Pierre), Chigot (Francis). Abbatiale de Conques, Front occidental. Baies 75, 76. Photographie. Archives privées, Atelier du Vitrail (Limoges).

Pierre Parot et Francis Chigot ont représenté en baie 76 la figure de saint Pierre [430]. Sous un ciel nuageux, il est dépeint en pied, son visage tourné vers le Christ de l’oculus. Sa tête est flanquée d’un navire et d’un coq. Elle est frappée d’un rayon lumineux. Son corps nous fait face, ses mains maintiennent les clés du paradis sur sa poitrine. Son scapulaire court laisse apparaître ses jambes noueuses à partir du genou. Un sol rocheux dans lequel s’inscrit « Stus Petrus » est esquissé sous ses pieds. Un rameau fleuri accompagne à sa droite les plis de sa cape. La figure du saint est ceinte d’une ombre profonde. Une large bordure colorée constituée de pièces irrégulières ceint l’ensemble.

Baie 77 : saint Paul

Annexe 84 Parot (Pierre), Chigot (Francis). Abbatiale de Conques, Front occidental. Baies 76. Carton (encre de chine sur papier).
ADHV, 29 F 318

La baie 77 représentent saint Paul [431]. Sous un ciel animé d’un éclair, d’un rayon lumineux et d’arbres, l’attitude du saint est semblable à celle de saint Pierre : en pied, le visage tourné, les mains ramenées sur la poitrine. Ses mains reposent sur la garde d’une épée. Cette dernière est vraisemblablement relative à son martyre. Un phylactère serpente autour de son visage. Un rameau est dessiné à l’arrière de sa tête. Son habit ne dévoile que ses bras. Sous ses pieds est esquissée une végétation stylisée. Au-dessous, on lit l’inscription : « Stus Paulus ». La figure du saint est structurée par des ombres profondes. Une large bordure colorée constituée de pièces irrégulières ceint l’ensemble.

Baie 78 : Salvator Mundi

Annexe 85 Parot (Pierre), Chigot (Francis). Abbatiale de Conques, Front occidental. Baie 77. Photographie. Archives privées, Atelier du Vitrail (Limoges).

L’oculus 78 [432] nous montre un Salvator Mundi, Christ bénissant de sa main droite et tenant l’orbe de la main gauche. Il est représenté en buste, assis sur un buste émergeant de la bordure. Ses stigmates sont masqués. Autour de lui, le fond est géométrique quoiqu’animé d’un rameau feuillu et d’un cep de vigne. La bordure ceint l’ensemble d’une auréole irrégulière.

Style.

Les baies du tambour ne nous sont connues que par les maquettes finales. Très denses, ces compositions possèdent une grande liberté de touche que seule l’esquisse peut exprimée. Les couleurs sont avec vivacité donnant à l’ensemble une grande douceur alliée à une franchise. Les teintes dominantes sont le brun et le vert sourd. Le jaune ceint les médaillons. Le bronze anime en quelques points le motif central et la mosaïque du fond.

Annexe 106 Chigot (Francis) Eglise de Faverney. Maquette (gouache et encre de chine sur calque). Archives privées, Atelier du Vitrail (Limoges).

Nous avons précédemment évoqué le projet de Faverney [433] qui en dépit d’une élaboration moindre possèdent des points communs aux baies de Conques. La baie de gauche présente une structure en dix panneaux. Au centre, un ruban de cercles tangents rythme la dense mosaïque colorée. Une large bordure est animée, d’un côté d’un ruban central en forme de vague et de l’autre de vagues croisées. On relève l’utilisation identique des verres de coloration brune, jaune pâle, et gris. Enfin, les motifs géométriques contradictoires animent l’intrados de la bordure.

Le carton représentant la figure de saint Paul [434] est unique dans son exécution à l’encre de Chine. Elle est franche et massive, comme taillée vigoureusement dans le bois. La composition est dense. Les plombs sont rendus par de larges traits. La figure du saint est ceinte d’une ombre profonde. Les bras et les mains sont noueux. Le visage est structuré par des ombres tranchées et un synthétisme du graphisme qui nous évoque les masques anthropomorphes de l’ancienne collection du Musée de l’Homme. Les globes oculaires sont évidés, comme dans les baies du chœur, les oreilles et les arcades proéminentes. Le volume frustre est exprimé à la brosse sèche, par des gestes vifs.

Les figures de saint Pierre et de Jésus présentent ces mêmes caractéristiques et évoquent les vitraux de Paul Bony à l’église de Chanu [435].  La figure du Christ est tout à fait représentative de l’esthétique qui semble traverser les ateliers de l’époque. Son visage est allongé, ses traits sont extrêmement synthétisés. Les cheveux sont longs, encadrant le visage. La barbe semble pousser uniquement sous le menton, laissant les joues nues. On en trouve des illustrations dans le projet de l’église de Thiviers (Dordogne) où le Christ de la chapelle du Sacré-Cœur est semblable [436]. Un autre projet (non localisé, ni daté) montre le Christ dans une position sensiblement différente, mais son visage présente les mêmes traits [437]. On en déduit que nous sommes face, non seulement à des solutions formelles propres à l’atelier Chigot et vraisemblablement propres à Pierre Parot, mais aussi à des solutions qui semblent se transmettre d’un atelier à un autre.

Le programme vitré de Conques : quelques conclusions

Les vitraux  de l’abbatiale de Conques résultent de plusieurs influences  à la fois complémentaires et juxtaposées. Le rôle des intervenants est décisif quant au résultat final. Nous l’avons vu, le carton est plus qu’une étape intermédiaire qui guide le verrier. Il soutient « physiquement » le travail du peintre. Il en est le support direct et nu. Si le style et la facture se  modifient franchement lors du changement d’architecte – entre le chœur et le tambour – une évolution plus subtile à lieu sous la direction de Maurice Berry. Les baies du transept se lient parfaitement à l’imagerie telle que définie par Marie-Alain Couturier. En revanche, les baies du chœur possèdent un caractère sensiblement plus franc et vigoureux. La récurrence de modèles au sein de l’atelier est indéniable. Peut-être serait-il plus propice d’y voir l’expression d’un vocabulaire plastique propre aux cartonniers de l’atelier, et plus particulièrement Pierre Parot. L’influence de Francis Chigot tient  vraisemblablement à l’utilisation de la couleur. Les palettes emploient souvent un contraste adouci par la diffusion des couleurs. Ces caractères stylistiques sont également partagés avec les grands ateliers tels que les ceux de Louis Barillet, et des frères Mauméjean. Il est surprenant de constater les similitudes du graphisme, des compositions, ou simplement des activités. Ces trois ateliers se distinguent par leur commerce pluridisciplinaire : mosaïque, vitrail, émaux… Si les créations connexes des ateliers Barillet et Mauméjean sont connues, il apparaît que l’atelier Chigot produisait également, en sus des vitraux, des carreaux de céramique [438].

Son organisation, comme sa production, tiennent plus de l’atelier de vitrail passé – grand atelier,  maître à la tête de nombreux ouvriers, etc… – que des ateliers orientés vers une production qui sera présente, selon l’expression de Bruno Foucard,  dans la nouvelle orientation du vitrail : « l’abstraction de l’aventure individuelle d’artistes confrontés au problèmes du vitrail et servis par un atelier » [439].

Notes

  • [419] Curé Védel, Courrier du 22 juillet 1941 à Francis Chigot. Archives privées, Atelier du Vitrail.
  • [420] Chigot (Francis), Courrier du 07 juillet 1941. Archives privées, Atelier du Vitrail
  • [421] Chigot (Francis), Courrier du 24 juillet 1951 à Maurice Dufour. Archives privées, Atelier du Vitrail.
  • [422] Dufour (Maurice), Courrier du 28 juillet 1951 à Francis Chigot. Archives privées, Atelier du Vitrail.
  • [423] Chigot (Francis), Courrier du 28 septembre 1951 à Maurice Dufour. Archives privées, Atelier du Vitrail.
  • [424] Chigot (Francis), Courrier du 20 mai 1952 à Maurice Dufour. Archives privées, Atelier du Vitrail.
  • [425] Rossi (Bertrand), Courrier du 12 mai 1993. Médiathèque du Patrimoine, 1995/005/0022.
  • [426] Causse (Louis), Communication écrite du 23 août 2009.
  • [427] Cf. Annexe 83.
  • [428] Chigot (Francis), Courrier du 24 juillet 1951 à Maurice Dufour. Archives privées, Atelier du Vitrail.
  • [429] Causse (Louis), Médiathèque du Patrimoine, 0081/012/0006.
  • [430] Cf. Annexe 84.
  • [431] Cf. Annexe 84.
  • [432] Cf. Annexe 85.
  • [433] Cf. Annexe 106.
  • [434] Cf. Annexe 84.
  • [435] Cf. Annexe 107.
  • [436] Cf. Annexe 108.
  • [437] Cf. Annexe 109.
  • [438] Quelques exemples sont conservés dans le fonds d’atelier.
  • [439] Foucard (Bruno), « Francis Chigot : un épisode limousin de la renaissance du vitrail au XXe siècle » dans Cat. Expo., Francis Chigot, 1980, (n.p.).

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