Introduction

L’abbatiale Sainte-Foy de Conques, un monument qui attise les débats et qui passionne. Son architecture audacieuse a déjà séduit de nombreux auteurs, nous ne nous engagerons pas là où d’autres ont su croquer avec bonheur le jeu des lumières sur la pierre épidermique, la polychromie des murs… Les qualificatifs sont nombreux. Sa nef élancée ouvre sur le puits de lumière à la croisée des transepts. Son chœur à déambulatoire et chapelles rayonnantes trouve une émancipation originale grâce aux chapelles échelonnées des collatéraux du transept. Son Trésor, sa sainte facétieuse, et sa Majesté reliquaire, attirent les pèlerins du Chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Un culte est longtemps voué à ses reliques, sans que les chercheurs comprennent la raison d’un tel engouement.

Enfin, parler de Sainte-Foy de Conques, c’est invariablement s’exposer à la question du goût ou dégoût des vitraux de Pierre Soulages. Peu sont ceux qui les apprécient ou l’avoue. Plus on s’approche de Conques, plus les avis sont tranchés : les anciens vitraux étaient mieux. Mais justement, quels étaient ces anciens vitraux ? La question reste en suspens.

Néanmoins, un matin de janvier, un apprenti maître verrier découvre une verrière dont les couleurs chatoient dans les rayons d’un premier soleil. Séduit, il en demande la provenance à son maître ; « Conques » s’entend-il répondre. Des vitraux réalisés par Francis Chigot, le fondateur de l’atelier qui l’emploie. La suite est une histoire de paillette devenue filon. Une étiquette sur un carton à dessin poussiéreux attire un regard, et comme Mérimée devant la richesse du Trésor de l’abbatiale, l’apprenti tombe des nues et découvre des esquisses par dizaines et des maquettes d’une fraîcheur surprenante. Le telos de cette étude a d’abord été la volonté de répondre aux interrogations de cet apprenti, nos propres questions : quels étaient les vitraux présents avant ceux de Soulages, quelles furent les étapes de leur conception et leur réalisation, qui travailla sur ce projet, et enfin, pourquoi ont-ils été déposés ? Dans un premier temps, nous synthétiserons les données essentielles relatives à l’abbatiale ainsi que les premiers signes d’intérêt que lui portèrent Maurice Berry et Francis Chigot. Dans un second temps, nous tenterons de déterminer le rôle de chacun dans la réalisation des verrières et nous étudierons l’ensemble du programme. Enfin, nous nous pencherons sur la réception du chantier et de l’atelier Chigot, et nous analyserons les raisons de sa dépose au profit de la création de Pierre Soulages.

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