Les vitraux de l’abbatiale Sainte-Foy de Conques avant Francis Chigot

Les vitraux présents avant ceux de Chigot.

Avant l’intervention de Maurice Berry, l’ancienne abbatiale Sainte-Foy de Conques ne dispose pas d’un programme vitré cohérent. Dans son rapport du 28 novembre 1940, Berry signale que les vitraux sont « en général en très mauvais état » [45]. Cependant, à la vue du nombre de baies ouvertes dans l’édifice, il est plus que probable que l’édifice ait abrité un ensemble de vitraux entre 1125 et 1568.

Le rapport de M. Louis Causse, architecte des Bâtiments de France en date du 5 mai 1987, fait état de fouilles réalisées dans le chœur durant lesquelles sont retrouvés des fragments des anciens vitraux détruits dans l’incendie de 1568 [46].

Comme nous l’avons vu, lorsque l’architecte Boissonnade prépare sa restauration, il signale que les vitraux sont entièrement à refaire. De nombreuses baies sont déjà maçonnées pour combler les manques [47].  L’architecte prépare avec le verrier Thévenot un programme d’ensemble [48].

Ainsi, le maître verrier propose la création de « treize vitraux à personnages dans le style byzantin, avec fonds accessoires et bordures » [49]. Ces verrières représenteraient le Christ, la sainte Vierge, saint Joseph, sainte Foy et « les principaux saints de l’ancienne province du Rouergue ». Thévenot propose ensuite vingt-trois vitraux « en mosaïque de couleur imitant les médaillons légendaires byzantins avec fonds et bordure du même style », et enfin dix-sept verrières « exécutées en grisailles sur des dessins variés de l’époque (…), la grisaille sera peinte en noir sur un verre blanc teinté verdâtre, imitant les teintes anciennes, avec rinceaux de couleur » [50]. Le projet, daté du 1er décembre 1842, estimé à 15700 francs, est ajourné, faute de moyens et du peu d’enthousiasme de Prosper Mérimée [51].

Le 8 juillet 1846, Boissonnade insiste sur la nécessité de « la réouverture des fenêtres bouchées et la reconstruction des vitraux, du moins en verre blanc, afin de laisser pénétrer dans l’intérieur la lumière et le soleil et de faire disparaître l’obscurité qui y règne et y entretient depuis trop longtemps une humidité glaciale » [52]. L’architecte met en évidence le risque, pour les toutes nouvelles restaurations, d’une telle atmosphère qui « causera de nouveaux dégâts ». Sur les 90 fenêtres que recense Etienne-Joesph Boissonnade, 80 sont maçonnées. Les financements sont demandés auprès du Conseil Général – sans grands espoirs – et auprès du Ministre de la Justice et des Cultes [53].

Un programme des plus simples est réalisé, l’ouverture des baies maçonnées, et la réalisation et la pose de vitreries losangées en verre blanc [54]. Le chantier est estimé à 8 902, 14 francs. On sait que ces vitraux sont posés par Cammay en 1848 [55].

Annexe 7 Elévation intérieure, tribune sud. Médiathèque du Patrimoine 84/12/1003.

En 1885, quelques vitraux figuratifs sont posés dans le chœur, vitraux que Maurice Berry qualifie dans son rapport du 28 novembre 1940 d’ « extrêmement laids » [56].

Annexe 8 Chapelle de la Vierge, baie centrale. Vitrail présent avant l’intervention de Maurice Berry et Francis Chigot. Médiathèque du Patrimoine 84/12/1003.

La campagne photographique menée entre 1924 et 1925 par le ministère des Beaux-Arts, service des Monuments historiques [57], nous permet de confirmer le choix du projet de 1846. Les tribunes, les chapelles du chœur, les baies du transept et de la nef sont closes par des vitreries losangées [58].

Annexe 3 Vue de l’abside et du choeur avant l’intervention de Maurice Berry et Francis Chigot. Médiathèque du Patrimoine 84/12/1004.

Une baie à médaillon est disposée dans la baie centrale de la chapelle axiale, et une Vierge de style saint-sulpicien est posée dans la chapelle orientée nord la plus proche de la croisée. L’oculus surmontant la porte du transept nord est orné d’un vitrail losangé à composition rayonnante, au centre de laquelle, une bande de pièces triangulaires encercle un rondel au motif difficilement discernable, probablement un blason [59]. Du reste, le 22 juillet 1941, le curé de Conques, Védel, écrit à Francis Chigot pour le renseigner sur les saints dédicataires de l’ancienne abbatiale. Ce faisant, il précise que des trois vitraux « éclairant le sanctuaire, le vitrail central porte déjà une figure du St Sauveur et les deux qui l’accompagnent ont des armes des bienfaiteurs ou de restaurateurs de l’église » [60].

Annexe 9 Porte du transept nord. Oculus présent avant l’intervention de Maurice Berry et Francis Chigot. Médiathèque du Patrimoine 84/12/1004.

La nomination de Maurice Berry.

Maurice Berry naît le 6 juillet 1908 à Paris. Après son Baccalauréat Latin, Sciences Mathématiques élémentaires, Philosophie, Berry se destine à la carrière d’architecte. Une fois reçu, il suit les cours de l’Institut d’Urbanisme de l’Université de Paris dont il sort diplômé des cours « pour la conservation des édifices anciens de la France » [61].

Il participe essentiellement à l’aménagement de groupes d’habitations, Versailles, St-Cyr, Paris (Fondation Richemonts) en collaboration avec André Berry, son père. Rue Jean Leclaire, il réalise un ensemble d’habitations pour la Ville de Paris. Il travaille également à des plans d’aménagement de villes, Cosne (Nièvre) et La Souterraine (Creuse).

Médaillé d’argent de la Société des Artistes Français en 1939, il reçoit également en 1945 la médaille d’argent d’archéologie de la Société Centrale des Architectes.

Admis au Service des Monuments Historiques le 1er février 1939 en qualité d’Architecte en Chef des Monuments Historiques, il est successivement chargé du Centre (Lozère et Aveyron 1939-1948), de la Corrèze (1940) [62], du Nord (1944-1962), de la Saône-et-Loire (1948-1974) et de la Seine-et-Marne (1962-1974) [63]. Dès 1941, il est l’architecte de la ville de Cluny.

Ses principales restaurations sont les églises de Conques, la Vieille Bourse de Lille, les églises de Falaise, les édifices de Laon, Soissons, Provins, Cluny, Autun, Châlon, Laon et Tournus.

Les premières traces de son intérêt pour l’ancienne abbatiale de Conques apparaissent dans une lettre datée du 6 novembre 1940, envoyée au maître verrier Francis Chigot. L’architecte le prie de lui faire une « proposition d’urgence » avant le 20 novembre. Maurice Berry joint une coupe de l’abbatiale qui pourra le « renseigner sur les hauteurs des verrières de la coupole». Il précise que « Pour le reste de l’édifice je vous joins un croquis de plan avec l’indication de toutes les baies et leurs dimensions approximatives » [64].  S’il s’agit de la première expression de l’intérêt qu’ont ces deux hommes pour l’abbatiale, le texte ne laisse aucun doute quant à l’antériorité des discussions. Aucune précision de thème, de sujet, de verre n’est indiquée. Etant donné la promptitude de la réponse de Francis Chigot, dont on conserve un devis daté du 12 novembre 1940, [65] le projet de réfection des vitraux a déjà été évoqué entre l’architecte et le verrier. En revanche, on notera que le devis de Francis Chigot, homme tatillon, ne porte pas mention d’une quelconque création figurée. Seules les verrières de vitreries, losangées ou cisterciennes, sont chiffrées. Il est donc probable que Maurice Berry, indépendamment du verrier, ait amorcé une réflexion sur un programme vitré plus ambitieux qu’à l’origine.

Le 28 novembre 1940, l’architecte manifeste auprès du Ministère de l’Education Nationale son intention de rénover les vitraux de l’ancienne abbatiale [66]. Il fait état de vitraux en «  très mauvais état » et il prévoit de « mettre dans toutes les baies des losanges en verre antique avec filet d’encadrement » [67].

Le rapport fondateur.

Le 28 novembre 1940, Maurice Berry signe un rapport assorti d’un devis descriptif et estimatif concernant l’ancienne abbatiale de Conques. Il souhaite faire créditer ce projet sur le budget de l’année 1941. Il s’agit du premier document administratif produit par l’administration des Monuments Historiques.

Cet ensemble vise à la « réfection des vitraux » [68]. Comme nous le verrons, le premier projet que développe Maurice Berry est à la fois pragmatique – la guerre prive les entreprises d’un grand nombre de matières premières – et sobre puisqu’il prévoit des vitreries de teintes neutres en verres soufflés et répartis en battu, tant dans son programme que dans le chiffrement du chantier. Cependant, Maurice Berry n’exclut pas une production plus audacieuse.

Maurice Berry insiste tout particulièrement sur la dégradation avancée des vitraux. Il souligne l’amateurisme des réparations inappropriées réalisées par le chanoine Védel et un maçon du pays. Ces réparations ont progressivement amené le remplacement des vitreries losangées par du verre ordinaire ou armé, parfois par des plaques de zinc, la guerre rendant le verre délicat à trouver. La disparition de la quasi totalité des grilles de protection rend les vitraux particulièrement vulnérables aux oiseaux qui se cognent dans les baies, augmentant la désolidarisation des verrières déjà fragilisées par le vent.

Programme

Maurice Berry prévoit « de mettre dans toutes les baies des losanges en verre antique avec filet d’encadrement. Les verrières seront protégées par des grillages de protection en fil de fer galvanisé ou mieux, en cuivre, s’il est possible d’en avoir au moment de l’exécution des travaux » [69]. Si des échafaudages sont prévus pour le calfeutrement extérieur, pour « les baies de l’étage de la lanterne, ces échafaudages seront suspendus à l’étage supérieur, celui des cloches ».

Maurice Berry choisit la pose de verres losangés antiques battus pour ne pas altérer la « couleur intérieure de l’édifice qui présente un dégradé dans la couleur de la pierre, allant du violet rouge des grès de soubassement au jaune claire des calcaires des parties supérieures ». Le projet est entièrement tourné vers les particularités de l’édifice, sa couleur, sa lumière. Les vitreries sont simples et laissent l’articulation de l’édifice libre de s’exprimer. Le verre qualifié d’antique est un verre traditionnellement soufflé en manchon, à la bouche, teinté dans la masse, avec une coloration très légère, un fin réseau de bulles et de cordes et des variations d’épaisseur, donc d’intensité colorée. A la fois transparent et subtilement texturé, le verre antique offre une grande luminosité et un jeu de la lumière plus sensible qu’un verre ordinaire.

Dans les chapelles orientées et rayonnantes, Maurice Berry estime qu’il « pourrait être posé des vitraux historiés en couleur ». Il en existe d’ailleurs quelques-uns, notamment dans la Chapelle Sainte-Foy, des vitraux de 1880 environ [70], que Maurice Berry qualifie d’ « extrêmement laids ».

Dans la grande fenêtre du transept et dans les oculi, l’architecte envisage une mise en plomb cistercienne à « entrelacs romans, fleurs de lys ».

Prix/Devis.

Le rapport rappelle les données prévisionnelles essentielles, une ébauche de la répartition des tranches du chantier et les tarifs. Ainsi Maurice Berry projette de traiter le chantier en quatre phases. On souhaite œuvrer en premier sur l’étage de la galerie – le chapitre III du devis – dont les vitraux sont particulièrement abîmés. Le vent disloque les panneaux de vitreries, et « plus des deux tiers de la surface ont déjà été remplacés par du verre ordinaire » [71]. Les verrières du transept nord et de l’abside – le chapitre II – sont ainsi en très mauvais état, « le verre paraît être rongé, il s’effrite à la main » [72]. L’architecte souhaite ensuite restaurer les baies du tambour de la tour lanterne – chapitre IV du devis – dont l’accès difficile a jusqu’alors empêché toute réparation. Puis viennent les baies du rez-de-chaussée : nef et transept – chapitre I. Et en dernier lieu sont prévues les baies des chapelles dont l’état général est meilleur, compte tenu de leurs plus petites dimensions.

Le devis descriptif et estimatif est établi sur la base d’un devis de Francis Chigot. Le 6 novembre 1940, Maurice Berry demande au maître verrier « une proposition d’urgence » [73] pour Conques. Il joint à sa lettre une coupe de l’abbatiale avec les mesures exactes des baies et un croquis de plan avec l’indication de toutes les baies et leurs dimensions approximatives. Ce même courrier fait vraisemblablement référence à la cathédrale de Poitiers – ici laconiquement nommé « Poitiers » – et à la Chartreuse de Villefranche-de-Rouergue. Les deux hommes collaborent donc déjà lorsque débute le chantier de Conques [74]. Francis Chigot, dans sa réponse du 7 novembre 1940, écrit à Maurice Berry qu’il va « étudier l’affaire des vitraux de Conques  [et qu’il lui aura] fait parvenir ces devis certainement avant le 20» novembre 1940 [75].

Le 12 novembre 1940, Francis Chigot date son devis pour le chantier de l’abbatiale et l’intitule « Devis pour le remplacement des vieilles vitreries inutilisables, par des vitreries neuves de style XIIe » [76]. Francis Chigot introduit son devis par un rappel des surfaces vitrées en mètres carrés. Il sépare ensuite son estimation en deux parties distinctes : les vitraux et la réparation des grillages de protection. L’ensemble des étapes nécessaires à la confection et à la pose d’un vitrail est détaillé, chiffré. Sont rappelés à chaque étape la surface, le prix au mètre – dans le cas de linéaire – ou au mètre carré, la référence de l’étape – sous la dénomination « art. » – et le sous total en francs.

Ainsi Francis Chigot prévoit, dans le chapitre I, la dépose des vieilles clôtures, la fourniture de « vitreries losanges ou rectangles, compris fourniture et mise en plomb rond fort de verre teinté tons battus », l’envoi en caisses, la pose des vitraux, le calfeutrement des deux faces, la fourniture de l’ensemble de la serrurerie – des ferrures aux clavettes – et de la peinture antirouille. Francis Chigot envisage également diverses plus-values pour l’emploi de verre antique [77], pour un filet d’encadrement et pour une vitrerie à motifs cisterciens. Le chapitre II chiffre les étapes de la réparation des grillages de protection : fourniture de grilles en fil galvanisé, fourniture des crampons de fixation et l’échafaudage.

On note quelques divergences entre les devis de Francis Chigot et Maurice Berry. Tout d’abord, le découpage des tranches est de nature différente pour chacun des devis. Si, dans celui du maître verrier, on sent la séparation des tâches propres à la structure de son personnel et de ses fournisseurs, dans celui de l’architecte c’est le degré d’urgence qui prédomine. Cependant, nous le verrons plus tard, le fait de planifier les baies du chœur en dernier permet aussi à Maurice Berry de préparer le programme iconographique. Ensuite, il s’agit majoritairement d’une différence de prix ; la différence se jouant sur les frais d’échafaudage et d’honoraires de l’architecte.

Maurice Berry estime le coût total des travaux à 237212,82 francs, vitraux et grilles de protection. Les vitraux de la nef et du transept à rez-de-chaussée sont estimés à 53975,78 F., ceux de l’abside et du transept 35 873,89 F., ceux de l’étage de la galerie 122 903,98 F. et ceux de l’étage de la tour lanterne 24 459,57 F. L’architecte propose donc un mètre carré, toutes prestations comprises, à 759,32 francs. En revanche, il utilise la base de 600,40 francs au mètre carré pour établir le budget de chaque chapitre, la différence se trouvant dans les coûts d’échafaudage et d’honoraires. Dans sa lettre du 6 novembre 1940 au maître verrier, Maurice Berry insiste sur sa volonté de faire créditer son projet sur le budget 1941. Rappelons que la période de la Seconde Guerre Mondiale est un moment stratégique dans le développement des politiques du patrimoine artistique. L’efficacité législative – en partie due à l’absence de Parlement, au besoin urgent de protéger les trésors artistiques des réquisitions et des bombardements, et à une direction des services culturels menée par des hauts fonctionnaires volontaristes comme Jérôme Carcopino, Louis Hautecoeur et Jacques Jaujard – permet une allocation de 24 750 000 francs en 1941  (20 000 000 francs en 1944) à la seule fin de protéger les monuments historiques [78].

L’évolution du projet, l’influence de Chigot.

Dans son rapport du 28 novembre 1940, Maurice Berry prévoit de mettre « dans toutes les baies des losanges en verre antique avec filet d’encadrement » [79]. Ce projet, à la fois simple esthétiquement, financièrement et dans sa réalisation, tient compte de la situation de l’abbatiale. La commune est « très petite et très pauvre » [80] et les financements alloués à la protection des monuments sont accaparés par les édifices de la France occupée que l’administration souhaite protéger.

Cependant, Maurice Berry évoque la possibilité d’un projet de plus grande envergure, dans le transept et le chœur. Il y envisage respectivement, « dans la grande fenêtre du transept et dans les oculi, (…) de la mise en plomb cistercienne à entrelacs romans, fleurs de lys, etc… » [81], et des « vitraux historiés en couleur » [82]. Le Conseil Général de l’Aveyron semble avoir alors voté une subvention d’une quinzaine de milliers de francs, et le Curé Vedel se charge de rassembler les dons de particuliers [83].

C’est une fois le devis crédité au budget de l’administration des Beaux-Arts que Maurice Berry et Francis Chigot, au cours de plusieurs rencontres, vont élaborer le programme final, plus ambitieux.

Dans son courrier du 7 mars 1941, Maurice Berry informe Francis Chigot que le devis « est accepté en principe » [84], mais que le Comité consultatif d’Architecture est saisi de la question [85]. Ce dernier est favorable à « l’exécution de verrières à dessins géométriques » et souhaite que le maître verrier fournisse une série de maquettes pour approbation.

Francis Chigot et Maurice Berry prennent rendez-vous à l’abbatiale le jeudi 13 mars 1941 pour étudier ensemble les différentes dispositions des baies, l’échelle des vitreries géométriques, ainsi que plusieurs modèles de vitreries cisterciennes proposées par le maître verrier [86]. Le 20 mai 1941, ce dernier confirme à l’architecte que les esquisses sont à l’étude selon ses directives [87].

En juillet 1941, Francis Chigot et Pierre Parot préparent les esquisses pour les baies du chœur, et le maître verrier écrit au curé Vedel pour obtenir quelques précisions sur les saints dédicataires de l’édifice. Il est également chargé par Maurice Berry de lui « soumettre l’idée générale du projet » [88]. Ce dernier est plus élaboré et audacieux que l’idée initiale.

Les baies des tribunes de la nef et du transept sont prévues en vitreries très simples pour laisser pénétrer la lumière, et parce qu’invisibles aux pèlerins. Les baies du rez-de-chaussée de la nef seront garnies de « vitraux à ornements et mises en plomb d’une certaine richesse » [89]. A chaque extrémité du transept, les deux grandes baies et l’oculus les surmontant seront ornés « dans un transept : le martyre de Ste-Foy, et dans l’autre : différents miracles opérés par cette sainte ». Les baies basses du transept seront closes de vitraux ornementaux, comme dans la nef. Maurice Berry et Francis Chigot souhaitent que cet ensemble, traité en valeurs claires, rappelle « les tonalités chaudes » de l’édifice. Ils tiennent en outre à conserver une lumière suffisante dans ces parties et à limiter les contrastes entre couleur de la pierre et valeur des vitraux.

Les baies ornementales de la façade ouest et leur oculus seront traités en tonalités chaudes et foncées, afin d’atténuer la forte lumière qui les traverse.

Les trois baies surmontant l’abside, petites et en hauteur, présenteront vraisemblablement des symboles de l’Eucharistie. La nécessité de synthétisme du graphisme conduit le maître verrier à suggérer une coloration très soutenue.

Le programme attribué aux huit baies de la coupole n’est pas certain. Les deux hommes hésitent entre des symboles – sans plus de précisions – et le thème des litanies de la Vierge, toujours des vitraux très colorés. Le curé Védel, dans sa lettre du 22 juillet 1941 [90], précise que la Vierge a peu sa place dans l’ancienne abbatiale, au profit du Saint-Sauveur. Il estime que les sujets eucharistiques seraient plus appropriés.

Concernant les deux chapelles orientées les plus proches du chœur et les trois chapelles rayonnantes, le programme iconographique n’est pas arrêté. Maurice Berry et Francis Chigot ignorent à quels saints elles sont dédiées. En revanche, la composition des verrières est déjà esquissée. « Ces vitraux seraient également très colorés, et comme ils sont vus de très près, ils seraient (…) d’une échelle assez petite, ce qui permettrait, (…) les représentations de scènes multiples » [91]. Plusieurs scènes de la vie du saint seront dépeintes dans chaque baie.

La réponse du curé Védel, datée du 22 juillet 1941, apporte quelques nuances et précisions. Les vies de sainte Foy et de saint Caprais figurées dans les baies du transept nord et sud lui semblent tout à fait appropriées [92]. Le curé de Conques précise que, la chapelle centrale est dédiée au Sacré-Cœur de Jésus, la chapelle absidiale côté nord est dédiée à sainte Anne, la chapelle absidiale côté sud à saint Norbert.

Le 29 octobre 1941, Francis Chigot annonce à Maurice Berry que Pierre Parot termine les études [93].

Comme nous le verrons plus en avant dans notre étude, si le chantier dans son exécution fut long, le programme est pensé dans ses grandes lignes et ses grandes teintes très rapidement.

Notes

[45] Berry (Maurice), Devis descriptif et estimatif du 28 novembre 1940, Médiathèque du Patrimoine, 0081/012/0005.

[46] Rossi (Bertrand), « Conques : l’affaire des vitraux » dans Sites et Monuments, 1993, 2e trimestre, n°141, p. 6 – 16.

[47] On en trouve note dans : Mérimé (Prosper), Rapport à la Commission des Monuments Historiques, 27 décembre 1850 dans Rossi (Bertrand), op.cit., p. 6.

[48] Archives Lavedan, Médiathèque du Patrimoine, 0081/012/0006.

[49] Idem.

[50] Ibid.

[51] Rapport du 5 mai 1987. Archives Lavedan, Médiathèque du Patrimoine, 0081/012/0006.

[52] Boissonnade (Etienne-Joseph), Rapport du 8 juillet 1946. Archives Lavedan, idem.

[53] Ibid.

[54] Cf. Annexe 7.

[55] Rapport du 5 mai 1987. Archives Lavedan, Médiathèque du Patrimoine, 0081/012/0006.

[56] Cf. Annexe 8.

[57] Médiathèque du Patrimoine, 84/12/1003, 84/12/1004.

[58] Cf. Annexe 3.

[59] Cf. Annexe 9.

[60] Védel, Courrier du 22 juillet 1941 à Francis Chigot. Archives privées, Atelier du Vitrail.

[61] Berry (Maurice), Fiche de renseignement, Médiathèque du Patrimoine,  80/11/17.

[62] Idem.

[63] Ibid.

[64] Berry (Maurice), Courrier du 6 novembre 1940. Archives privées, Atelier du Vitrail.

[65] Chigot (Francis), Devis du 12 novembre 1940. Archives Privées, Atelier du Vitrail.

[66] Berry (Maurice), Rapport du 28 novembre 1940. Médiathèque du Patrimoine, 0081/012/0005.

[67] Idem.

[68] Berry (Maurice), Devis descriptif et estimatif du 28 novembre 1940. Médiathèque du Patrimoine, 0081/012/0005.

[69] Berry (Maurice), Rapport du 28 novembre 1940. Médiathèque du Patrimoine, 0081/012/0005.

[70] Cf. Annexe 8.

[71] Berry (Maurice), Rapport du 28 novembre 1940. Médiathèque du Patrimoine, 0081/012/0005.

[72] Idem.

[73] Berry (Maurice), Courrier du 6 novembre 1940. Archives privées, Atelier du Vitrail.

[74] Le dossier relatif aux débuts du chantier de Conques ne conserve aucune trace d’une autre sollicitation de l’architecte à un autre maître verrier.

[75] Chigot (Francis), Lettre du 7 novembre 1940. Archives privées, Atelier du Vitrail.

[76] Chigot (Francis), Devis du 12 novembre 1940. Archives privées, Atelier du Vitrail.

[77] Verre plat soufflé traditionnellement à la bouche en manchon dans des teintes neutres. Il est traditionnellement fourni par la verrerie Saint Just.

[78] Poirrier (Philippe), Vadelorge (Loïc), Pour une histoire des politiques du patrimoine, pp. 301-307.

[79] Berry (Maurice), Rapport du 28 novembre 1940. Médiathèque du Patrimoine, 0081/012/0005.

[80] Idem.

[81] Ibid.

[82] Ibid.

[83] Ibid.

[84] Berry (Maurice), Courrier du 7 mars 1941 à Francis Chigot. Archives privées, Atelier du Vitrail.

[85] Minute de lettre du 20 février 1941 à Maurice Berry. Médiathèque du Patrimoine, 0081/012/0005.

[86] Chigot (Francis), Courrier du 10 mars 1941 à Maurice Berry. Archives privées, Atelier du Vitrail.

[87] Chigot (Francis), Courrier du 20 mai 1941 à Maurice Berry. Archives privées, Atelier du Vitrail.

[88] Chigot (Francis), Courrier du 07 juillet 1941 au curé Védel. Archives privées, Atelier du Vitrail.

[89] Idem.

[90] Curé Védel, Courrier du 22 juillet 1941 à Francis Chigot. Archives privées, Atelier du Vitrail.

[91] Chigot (Francis), Courrier du 07 juillet 1941 au curé Védel. Archives privées, Atelier du Vitrail.

[92] Curé Védel, Courrier du 22 juillet 1941 à Francis Chigot. Archives privées, Atelier du Vitrail.

[93] Chigot (Francis), Courrier du 29 octobre 1941 à Maurice Berry. Archives privées, Atelier du Vitrail.

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